Le retour à la
croissance. Rien n'est acquis. "Nous nous
réunissons en un moment crucial de transition entre la crise et la
reprise", écrivent les 20 dans leur communiqué final. Après
avoir validé les mesures de sauvetage de l'économie mondiale
décidées depuis un an – "Cela a marché", se
réjouissent-ils –, il n'est pas question de desserrer l'étau
tant que le chômage augmente.
"Nous devons rester fermes dans notre
engagement de stimuler la croissance économique", a déclaré le
président chinois, Hu Jintao, reflétant l'avis quasi général.
"Le G20 n'a pas déclaré la fin de la crise", expliquait un
participant. Il entend "éviter tout retrait prématuré des plans
de relance". La "responsabilité budgétaire" attendra.
La thèse allemande de retour rapide à l'orthodoxie budgétaire n'est
pas à l'ordre du jour.
La pérennisation du G20 Ses membres l'ont décrété "forum
prioritaire de notre coopération économique internationale".
La crise a implicitement généré une réforme institutionnelle
d'envergure. Les pays riches ne sont plus les seuls maîtres de
l'économie mondialisée. L'émergence d'un "axe"
Etats-Unis-Chine (un "G2", entend-on par dérision) a
beaucoup fait pour qu'une plus large place soit laissée aux pays
émergents dans la résolution des questions économiques.
La régulation du
système financier. "Nous n'autoriserons pas un
retour aux pratiques bancaires antérieures", assurent les
membres du G20. Ils entendent mettre fin aux pratiques qui poussent
à la "prise de risque excessive", et "améliorer le
marché de gré à gré des produits dérivés" (sans que soit
précisé en quoi cela consisterait). Autre élément: le renforcement
de la supervision des banques pour qu'elles préservent un niveau
adéquat de capitalisation.
La réforme de la
Banque mondiale et du FMI. Le G20 a décidé
d'augmenter "d'au moins 3%" les droits de vote à la Banque
mondiale attribués aux pays en développement et en transition,
qu'il a jugés "sous-représentés". Ces pays se verront
aussi dotés au FMI de 5% supplémentaires. Le nombre de 24sièges au
conseil d'administration étant maintenu, les Européens devront
faire place aux autres. Chine, Turquie et Corée du Sud sont souvent
citées. Le FMI officiera comme conseiller du G20.
Pour les plus optimistes, ce mouvement marque un
début de gouvernement économique mondial. La chancelière
Angela Merkel est plus dubitative: elle a comparé la gouvernance du G20 à la
"stratégie de Lisbonne", qui entendait renforcer la
compétitivité des pays européens mais qui fut un échec, car elle
n'était pas contraignante.
La limitation des
bonus. Un encadrement des rémunérations
"fluctuantes" (hors salaires) est acquis: les membres du
G20 souhaitent que les entreprises "mettent en œuvre
immédiatement des pratiques de rémunération saines" et que les
Etats se dotent des moyens de supervision adéquats.
Le commerce
international. En séance, les débats ont été
clivés: Barack Obama
et Gordon
Brown veulent que les pays en excédent
commercial (Chine, Japon, Allemagne) stimulent leur consommation
intérieure et exportent moins. La chancelière allemande estime que
son pays ne peut pas à lui seul stimuler la croissance mondiale.
Selon Mme Merkel, les pays en déficit ont des problèmes de change,
de compétitivité et de politique intérieure à régler.
Le président chinois, M.Hu, a appelé à
"intensifier la coopération scientifique et technologique
internationale" pour combler l'écart entre pays riches et
pauvres, condition, selon lui, d'une réduction des
déséquilibres.
De façon rituelle, le G20 a appelé à conclure le
cycle commercial de Doha en 2010. Chinois, Indiens, Brésiliens et
Allemands ont appelé à rejeter tout protectionnisme. Selon
M.Strauss-Kahn, l'année 2008 a démontré que "le protectionnisme
a été plus dans les mots que dans les
faits".
Le changement
climatique et environnemental. M.Obama a
semble-t-il affirmé que le sommet de Copenhague, en décembre, ne
permettrait pas de signer le traité final. En conférence de presse,
M.Sarkozy a annoncé une initiative conjointe avec Angela Merkel,
Gordon Brown et le président brésilien Luiz Inacio Lulada
Silva pour financer la lutte contre le
réchauffement climatique et débloquer la situation. Qu'il s'agisse
du commerce ou du climat, de nombreuses délégations s'inquiètent du
blocage politique intérieur américain, qui empêche le président
Obama d'aller de l'avant.
Les premières
critiques. Elles sont de deux ordres. La première
estime que le communiqué final reflète plus un état d'esprit qu'une
politique effective: le G20 ne se dote quasiment d'aucun moyen de
faire appliquer ses décisions. La seconde juge que cette réunion
tourne le dos aux pauvres. Ce G20 "ne constitue pas un bon
départ" pour une réelle coopération économique internationale,
déclarent les responsables de la campagne dite du
"Millenium", menée par le Programme des Nations unies pour
le développement (PNUD).
Ce sommet, regrettent-ils, a accordé bien plus
d'importance aux rémunérations des dirigeants d'entreprises
"qu'aux besoins du 1,4milliard d'êtres vivant avec moins de
1,25 dollar par jour". Selon eux, 33 milliards de dollars de
l'aide promise aux pays pauvres jusqu'à la fin 2010 n'ont pas
encore été versés.